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22 octobre 2026
Entretien d’embauche, les petits codes que les recruteurs jugent encore, et ceux qui ne pèsent plus rien
22 octobre 2026724 € de pension de base, 274 € de complémentaire. Pour Philippe, 64 ans, le choc est double : le montant est faible, et il est très loin des 1 600 € que lui annonçait un simulateur. Son histoire rappelle un réflexe que beaucoup négligent : avant de croire un chiffre, on relit son relevé de carrière.
Pourquoi le montant annoncé peut être faux : le cas de Philippe
Philippe a commencé à travailler à 15 ans, en apprentissage. Il s’est ensuite engagé trois ans dans l’armée, puis a alterné périodes de chômage et périodes de travail. Deux accidents du travail l’ont arrêté sept ans au total et l’ont conduit en invalidité, sans possibilité de reprendre une activité.
À 62 ans, il part à la retraite, de façon forcée. Il compte alors 175 trimestres cotisés. Quand il interroge la Carsat sur l’écart avec le simulateur, la réponse qu’il rapporte est la suivante : pendant la période d’invalidité, la valeur des points cotisés aurait été divisée par trois. Il résume son ressenti ainsi : « Je me suis tué au travail pour me retrouver en dessous du seuil de pauvreté ».
Cette explication est celle de Philippe, à prendre comme un témoignage individuel. Elle ne vaut pas règle générale. La valeur du point dépend du régime et de la période concernée, et seule la Carsat peut confirmer ce qui s’est passé sur son dossier. Ce qu’on retient sans risque : un simulateur n’est jamais plus fiable que les données de carrière qu’il a avalées.
Relevé de carrière : où le trouver et comment le lire
Le relevé de carrière se consulte en ligne sur Mon compte retraite, l’espace qui regroupe les informations de tous vos régimes. Vous y trouvez vos trimestres et vos points année par année, du premier emploi jusqu’au dernier. Si vous préférez le papier, vous pouvez en demander un à votre caisse, la Carsat pour le régime de base des salariés du privé.
Attention aux documents qui se ressemblent. Le relevé de situation individuelle (RIS) est envoyé à intervalles réguliers à partir de 35 ans et récapitule vos droits acquis à date. L’estimation indicative globale (EIG) arrive plus tard dans la carrière et projette un montant de pension selon l’âge de départ. Le RIS parle du passé, l’EIG fait une projection : c’est dans le premier que se jouent les erreurs.
Lisez-le dans l’ordre chronologique, avec vos vieux bulletins de paie ou vos contrats à portée de main. La colonne des trimestres concerne le régime de base. Celle des points concerne le régime complémentaire, géré par l’Agirc-Arrco pour les salariés du privé.
Vérifier trimestres et points, régime de base et complémentaire séparément

Le régime de base et le régime complémentaire n’obéissent pas à la même logique. Dans la base, on valide des trimestres, et la pension dépend aussi du salaire annuel moyen retenu. Dans la complémentaire, on accumule des points, convertis en euros grâce à la valeur du point. Un trou sur le relevé n’a donc pas le même effet d’un régime à l’autre.
Voici la checklist à suivre, ligne par ligne :
- Les années d’apprentissage sont-elles bien présentes, y compris les toutes premières ?
- Le service militaire ou l’engagement dans l’armée apparaît-il sur la période concernée ?
- Les périodes de chômage sont-elles validées, ou laissent-elles des années à zéro ?
- Les arrêts liés à un accident du travail et à l’invalidité sont-ils indiqués, avec les trimestres correspondants ?
- Le nombre de points de la complémentaire colle-t-il à vos anciens employeurs et à vos salaires ?
- Y a-t-il des années blanches, sans trimestre ni point, alors que vous étiez en poste ?
Une année à zéro n’est pas forcément une erreur. Les périodes non cotisées existent, et certaines sont tout de même prises en compte pour valider des trimestres, d’autres non. L’important est de comprendre pourquoi chaque ligne affiche ce qu’elle affiche, et de ne rien laisser d’inexpliqué.
724 € + 274 € contre 1 600 € : l’écart à décortiquer
Quand une estimation et une pension réelle divergent autant, ne vous arrêtez pas à la réponse « c’est comme ça ». Demandez à la caisse le détail du calcul : trimestres retenus, salaire de référence pour la base, nombre de points et valeur appliquée pour la complémentaire. L’écart se trouve presque toujours dans l’une de ces lignes.
Corriger une erreur sur son relevé
Si vous repérez une anomalie, signalez-la sans attendre, depuis votre espace en ligne ou par courrier à la caisse concernée. Joignez des justificatifs : bulletins de paie, contrats, certificats de travail, attestations de chômage, documents militaires ou décisions liées à l’accident du travail et à l’invalidité. Plus vos pièces couvrent précisément la période litigieuse, plus la correction du relevé avance vite.
Gardez une trace de chaque échange et conservez vos courriers. Si la réponse vous paraît floue, redemandez une explication écrite. Pour une période traitée par un autre régime, adressez-vous à la caisse correspondante, car la Carsat ne rectifie pas les points de l’Agirc-Arrco, et inversement.
Le plus tôt est le mieux. Une erreur découverte à 45 ans se règle avec des documents encore faciles à retrouver. À la veille du départ, la même anomalie peut retarder un dossier ou obliger à reconstituer des années entières.
Invalidité, taux plein et simulateurs : ce qui fausse l’estimation
Philippe l’a constaté : on lui avait dit qu’en invalidité, on part à taux plein. Cela signifie qu’aucune décote n’est appliquée, pas que la pension sera élevée. Le taux plein agit sur le pourcentage appliqué, pas sur la base de calcul, qui reste liée à vos salaires passés et à vos points.
Un simulateur, lui, repose sur des hypothèses. Il suppose souvent une carrière continue, un départ à une certaine date, et des revenus qui se prolongent. Une carrière hachée par le chômage, les arrêts, l’invalidité ou des années de formation s’écarte vite de ce schéma. Résultat : un chiffre flatteur à 1 600 € peut cacher une pension bien inférieure une fois les vraies données intégrées.
Si vous avez eu une carrière longue commencée à 21 ans ou des périodes particulières, vérifiez aussi si un départ anticipé ou un rachat de trimestres se justifie. Dans tous les cas, ne comparez jamais un simulateur seul à une pension : comparez toujours le simulateur, le relevé et le détail de calcul de la caisse.
Le bon réflexe avant de planifier sa retraite

Connectez-vous à Mon compte retraite, téléchargez votre relevé, et passez-le en revue avec vos justificatifs. Notez les années douteuses, contactez la caisse, faites corriger ce qui doit l’être. Vous saurez alors sur quoi repose réellement votre future pension de retraite, et vous éviterez la mauvaise surprise de Philippe : découvrir au dernier moment un montant très éloigné de celui qu’on attendait.
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