
Complément de loyer sur un logement mal classé au DPE, ce que la règle interdit depuis 2022
2 novembre 2026Imaginez un employeur qui, en une nuit, remet les compteurs à zéro. Plus d’accords d’entreprise, plus d’élus pour vous défendre. C’est ce que redoutent les syndicats de Randstad, numéro un mondial de l’intérim, face à un projet de réorganisation baptisé « Intégral ». Pour y voir clair, voici ce que l’on sait, ce que les représentants du personnel dénoncent et ce que cela peut changer pour les intérimaires.
Le surnom a été trouvé par des syndicalistes du groupe eux-mêmes. Il dit assez bien le choc ressenti lors de la présentation du projet par la direction. « Quand la direction nous l’a présenté, on n’en croyait pas nos oreilles », confie l’un d’eux, qui se dit « K.-O. ».
Plus frappant encore, selon ce syndicaliste, des DRH extérieurs au groupe lui auraient avoué qu’ils n’auraient jamais imaginé un tel scénario, même dans leurs rêves les plus fous. Le message est clair : dans le monde de l’intérim, une réorganisation de cette ampleur sort de l’ordinaire.
Le poids du groupe explique l’inquiétude. Randstad pèse 23 milliards d’euros de chiffre d’affaires dans le monde et fait travailler près de 70 000 intérimaires en France. Toute décision touchant à son organisation sociale se répercute donc sur un très grand nombre de personnes.
Ce qui change au 31 décembre : fin des accords d’entreprise et des instances du personnel
D’après la lecture qu’en font les syndicats, le projet revient à appuyer sur un énorme bouton « reset ». Dans la nuit du 31 décembre, tous les accords d’entreprise négociés depuis vingt-cinq ans tomberaient. Dans le même temps, les instances représentatives du personnel (IRP) cesseraient de fonctionner.
Concrètement, les IRP regroupent les structures où siègent les élus : le comité social et économique (CSE) et, plus largement, les représentants du personnel qui portent les revendications des salariés. Les accords d’entreprise, eux, fixent des règles propres à Randstad, souvent plus favorables que le minimum légal ou conventionnel.
25 ans d’accords, une seule nuit
Ce qui est évoqué n’est pas l’ajustement d’une règle, mais la chute simultanée de l’ensemble des textes négociés depuis un quart de siècle et l’arrêt des instances chargées de les suivre. C’est cette double échéance, fixée au 31 décembre, qui alarme les organisations syndicales.
Pourquoi les syndicats (CFDT, FO, CGT) dénoncent un projet qui laisse les salariés sans voix

La CFDT, FO et la CGT partagent le même constat : sans instances, les salariés n’auraient plus d’interlocuteurs pour défendre leurs intérêts face à la direction. La CFDT-Services dénonce de lourdes conséquences sociales et parle de droits sociaux menacés pour 80 000 salariés. Ce chiffre vient de la communication syndicale et ne se confond pas avec les 70 000 intérimaires cités plus haut : il couvre un périmètre plus large du groupe.
FO et la CGT, de leur côté, insistent sur la disparition des représentants du personnel. Pour elles, le plus grave n’est pas seulement la perte d’avantages négociés, mais la perte de la capacité même de négocier. Sans élus, plus de rapport de force organisé dans l’entreprise.
Le projet est aussi jugé brutal dans sa méthode. Les syndicats estiment que la réorganisation se prépare sans que les salariés aient leur mot à dire, d’où cette formule d’un projet « sans voix », un enjeu que l’on retrouve dans tout plan de suppressions de postes. La question des négociations reste donc ouverte, et chaque organisation réclame des garanties avant l’échéance.
Quelles conséquences pour les intérimaires et les délégués du personnel ?
Pour un intérimaire, un délégué du personnel est souvent le premier relais quand un souci survient : une erreur sur une fiche de paie, un désaccord sur des heures, une fin de mission contestée. Si les instances cessent de fonctionner, ce relais disparaît en pratique, au moins le temps qu’une nouvelle organisation soit mise en place. Dans un secteur où les contrats sont courts et les salariés dispersés, ces élus jouent un rôle de proximité difficile à remplacer.
Les accords d’entreprise ont aussi leur importance dans la fiche de paie et les conditions de travail. Primes, garanties ou règles d’organisation peuvent figurer dans ces textes. Leur chute, telle que la décrivent les syndicats, obligerait à renégocier ou à retomber sur les seules règles générales. L’ampleur exacte des pertes dépendra de ce que la direction proposera ensuite, et rien ne permet pour l’instant de la chiffrer.
Pour les délégués du personnel et les autres représentants du personnel, l’enjeu est tout aussi concret. Leur rôle d’élu, leurs moyens d’action et leur capacité à accompagner les salariés dépendent de l’existence des instances. Si celles-ci s’interrompent, ce sont des années de travail de terrain qui se retrouvent suspendues.
Gain financier incertain, négociations et mobilisations : la suite du dossier

Reste la question que posent tous les observateurs : à quoi servirait un tel bouleversement ? Selon les éléments relayés par les organisations syndicales, le gain financier attendu serait faible ou incertain. Si c’est exact, le contraste avec l’ampleur des conséquences sociales alimente d’autant plus la colère.
La suite se jouera dans les semaines qui viennent, à l’approche du 31 décembre. Les syndicats disposent de plusieurs leviers : négociations avec la direction, prises de position publiques, mobilisations des salariés. Les échanges se poursuivent aussi au sein des structures syndicales elles-mêmes, la CGT Randstad ayant par exemple été convoquée à sa confédération pour une séance d’explication.
Si vous travaillez pour Randstad, le plus utile est de rester attentif aux communications de la direction et des élus. Conservez vos contrats, bulletins de paie et tout document faisant référence à un accord d’entreprise. En cas de doute sur vos droits, rapprochez-vous de votre représentant syndical tant que les instances fonctionnent encore.
Ce dossier dépasse le seul cas de Randstad. Il pose la question de la place des représentants du personnel dans un secteur où les salariés changent sans cesse d’entreprise utilisatrice. Pour les syndicats, l’enjeu est clair : éviter qu’un précédent ne fasse école dans l’intérim et au-delà.
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