
Assurance-chômage ponctionnée, ce que cette décision pourrait changer pour vos futurs droits
22 octobre 2026Se lever à 4 heures du matin pendant quarante ans, porter des sacs de farine de 25 kilos, cotiser sans relâche, et voir la ligne d’arrivée s’éloigner. C’est le quotidien de Debbie Ross, 61 ans, qui se demande aujourd’hui si elle pourra un jour s’arrêter. Son histoire se déroule en Écosse, mais la peur qu’elle exprime parle à beaucoup de Français proches de la retraite.
Debbie Ross, 61 ans : 40 ans de travail et une retraite hors d’atteinte
Cette boulangère des Highlands travaille depuis ses 14 ans. Elle a commencé à cotiser pour sa retraite à 21 ans et, prévoyante, a versé des cotisations supplémentaires pour gonfler sa future pension. Sauf que la réforme britannique de 2016 a instauré une pension publique à taux uniforme. Résultat, selon elle : « Toutes ces cotisations supplémentaires n’ont servi à rien ».
Son rêve était de partir à 60 ans pile. L’âge légal de départ, lui, n’a cessé de reculer : il est aujourd’hui fixé à 66 ans et doit passer à 67 ans d’ici 2028. Debbie dit avoir « l’impression qu’on m’a vendu un mensonge sur mon avenir ».
Un autre poids pèse sur son budget. Avec son mari, elle est devenue propriétaire et a englouti toutes ses économies dans l’achat. Le couple rembourse désormais 1 200 livres sterling par mois (environ 1 380 euros), une somme qu’il peine à assumer à deux. Elle le résume ainsi : « Mes parents sont partis à la retraite avant 60 ans, alors qu’ils exerçaient des métiers manuels plutôt mal payés. Ils pouvaient se permettre d’arrêter ».
Et en France, à quel âge peut-on partir à la retraite ?
Le système français ne fonctionne pas comme le système britannique : il repose sur la répartition et sur un régime de base qui calcule la pension en fonction des revenus et de la durée de cotisation. Une personne de 61 ans en 2026 est née en 1964 ou 1965. Pour ces générations, l’âge légal de départ à la retraite se situe aux alentours de 63 ans selon le calendrier de la réforme des retraites de 2023, qui relève l’âge de trois mois par génération jusqu’à 64 ans.
Ce calendrier a connu des aménagements, avec une suspension temporaire votée fin 2025. Les âges exacts peuvent donc différer selon votre mois de naissance. Vérifiez toujours les paramètres en vigueur sur votre espace personnel de l’Assurance retraite ou sur service-public.fr avant de caler un projet.
Atteindre l’âge légal ne suffit pas pour toucher une pension complète. Il faut aussi avoir validé la durée d’assurance requise, soit 172 trimestres (43 ans) pour les générations nées à partir de 1965. Sans cela, votre pension subit une décote, sauf si vous patientez jusqu’à 67 ans, âge auquel le taux plein est accordé automatiquement.
Carrière longue : partir avant l’âge légal, à quelles conditions ?

Debbie a commencé à travailler à 14 ans. En France, un parcours aussi précoce ouvre en principe droit au dispositif carrière longue, qui permet un départ en retraite anticipée. L’âge d’accès dépend de l’âge auquel vous avez commencé à cotiser.
| Début de carrière | Départ possible dès |
|---|---|
| Avant 16 ans | 58 ans |
| Avant 18 ans | 60 ans |
| Avant 20 ans | 62 ans |
| Avant 21 ans | 63 ans |
Ces âges s’accompagnent de deux conditions : une durée d’assurance totale suffisante et un nombre minimal de trimestres cotisés, dont certains avant l’âge de référence. Les trimestres de chômage ou de maladie ne comptent que partiellement dans ce calcul. Un salarié qui a débuté tôt mais connu des interruptions peut donc se voir refuser une retraite anticipée, un piège fréquent.
Pourquoi cotiser ne suffit pas toujours : trimestres, taux plein et décote
La peur de « travailler jusqu’à sa mort » naît souvent d’un malentendu : on a cotisé longtemps, donc on croit avoir droit au taux plein. Or ce dernier dépend du nombre de trimestres validés, pas du nombre d’années passées à travailler. Une année de salaire trop faible peut ne valider que deux ou trois trimestres, et les périodes à temps partiel pèsent sur le total.
Décote et surcote : l’écart se joue au trimestre
Chaque trimestre manquant réduit la pension de 0,625 %, jusqu’à 20 trimestres. À l’inverse, chaque trimestre travaillé au-delà du taux plein et de l’âge légal ajoute 1,25 % de surcote.
Le montant de la pension de retraite de base se calcule sur les 25 meilleures années de revenus, auxquelles s’applique un taux de 50 % au taux plein, un calcul sur lequel pèse aussi le choix entre salaire ou dividendes pour sa retraite pour un dirigeant. S’y ajoute la retraite complémentaire Agirc-Arrco pour les salariés du privé, qui fonctionne par points. Un parcours plutôt modeste, comme celui d’une boulangère, donne souvent une pension plus basse que l’espérance de départ, d’où l’impression de devoir continuer.
Le contexte financier compte aussi. Comme Debbie, un ménage encore engagé dans un crédit immobilier doit comparer sa future pension à ses mensualités. Si ces dernières absorbent une large part des revenus, partir avec décote peut devenir intenable.
Vérifier sa situation avant de craindre de travailler jusqu’à la fin de sa vie

Avant de vous résigner, faites un vrai diagnostic. Le relevé de carrière disponible sur votre compte retraite en ligne recense tous vos trimestres, régime par régime. Il arrive que des périodes manquent, notamment les premiers emplois ou les années d’apprentissage : vous pouvez demander à les faire rectifier.
Ensuite, lancez une simulation de retraite sur le portail officiel. Elle indique votre âge de départ, le nombre de trimestres manquants et le montant estimé de la pension selon plusieurs scénarios. Comparer un départ à l’âge légal, un départ à 67 ans et un départ en carrière longue donne des chiffres concrets à la place de l’angoisse.
Si l’arrêt complet reste hors de portée, le cumul emploi-retraite offre une solution intermédiaire. Il permet de toucher sa pension tout en reprenant une activité, et depuis la réforme de 2023, certaines reprises ouvrent même de nouveaux droits. Une conseillère retraite peut aussi vous recevoir gratuitement pour étudier votre dossier, un rendez-vous utile à prévoir plusieurs années avant la date visée.
Le cas de Debbie rappelle surtout que les règles de départ évoluent en cours de carrière. En France comme en Écosse, mieux vaut connaître votre situation précise le plus tôt possible, quand il reste encore des leviers pour agir.
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