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29 octobre 2026On entend souvent qu’il faut donner avant le 31 décembre. Pour la plupart des familles, c’est faux : le calendrier fiscal n’impose aucune date butoir générale. En revanche, une donation faite à un enfant a des effets bien réels, à la fois sur le règlement de votre future succession et sur vos impôts. Voici ce qui se joue vraiment.
Donner à un enfant avant le 31 décembre : la réponse en bref
Hors cas particulier, aucun seuil ne tombe à la fin de l’année. L’abattement de 100 000 € par parent et par enfant se renouvelle tous les 15 ans, à partir de la date du don, pas au 1er janvier. Le barème des droits de donation s’applique selon la date de l’acte, quel que soit le mois.
Une seule échéance existe : le don pour l’achat ou la construction d’un logement, qui bénéficie d’une exonération temporaire jusqu’au 31 décembre 2026. Pour tout le reste, agir en décembre plutôt qu’en février ne change rien à la fiscalité. Ce qui compte, c’est le type de don, sa forme et la mention (ou non) d’une dispense de rapport.
Sur la succession : rapport, réserve et part de chacun
Voici le point que beaucoup de parents découvrent trop tard. Par défaut, un don consenti à un enfant est considéré comme une avance sur sa part d’héritage, ce que les notaires appellent un avancement d’hoirie. Au moment de la liquidation de la succession, il est rapporté : on l’ajoute fictivement à l’actif pour calculer les droits de chacun, puis on le déduit de la part de celui qui l’a reçu.
Concrètement, si vous donnez 60 000 € à l’aîné de deux enfants et que vous laissez 140 000 € à votre décès, la masse de calcul est de 200 000 €. Chaque enfant a droit à 100 000 €. L’aîné, déjà servi à hauteur de 60 000 €, ne recevra donc que 40 000 € de plus, et le cadet 100 000 €. Le don n’a rien enlevé aux autres, il a seulement été avancé.
Dispense de rapport : une phrase qui change le partage
Si vous voulez qu’un enfant garde le don en plus de sa part, l’acte doit le prévoir expressément : c’est la dispense de rapport, aussi appelée donation hors part successorale. Sans cette mention écrite, le don sera rapportable. Une promesse orale ou un simple courrier ne suffit pas.
Cette liberté a toutefois une limite : la réserve héréditaire. La loi protège une fraction de votre patrimoine au profit de vos enfants, les héritiers réservataires. Cette réserve représente la moitié du patrimoine avec un enfant, les deux tiers avec deux enfants et les trois quarts à partir de trois. Le reste constitue la quotité disponible, dont vous pouvez disposer librement, y compris pour avantager l’un de vos enfants.
Si un don dispensé de rapport dépasse cette quotité disponible, les autres enfants peuvent demander sa réduction au décès. D’où l’intérêt de faire le calcul avant de signer, surtout quand le patrimoine est composé en grande partie d’un bien immobilier ou d’une entreprise familiale à transmettre.
Donation simple ou donation-partage : deux effets différents
Dans une donation simple, le bien rapporté est évalué à la valeur qu’il aura au jour du partage, en tenant compte de son état au jour du don. Si l’appartement donné a doublé de prix, le rapport sera plus lourd. Cela peut créer des tensions entre frères et sœurs.
La donation-partage répond à ce problème. Elle répartit déjà les biens entre tous les enfants, et la valeur retenue reste celle du jour de l’acte. Elle fige les parts, limite les conflits et sécurise la succession. Elle suppose en revanche la participation de chaque enfant, ce qui n’est pas toujours simple à organiser.
Sur le fisc : abattement de 100 000 € et barème des droits

Chaque parent peut donner jusqu’à 100 000 € à chacun de ses enfants sans payer de droits, grâce à l’abattement de 100 000 €. Un couple peut donc transmettre 200 000 € à chaque enfant. Au-delà, le barème des droits de donation en ligne directe s’applique par tranches, après déduction de l’abattement.
| Part taxable (après abattement) | Taux |
|---|---|
| Jusqu’à 8 072 € | 5 % |
| De 8 072 à 12 109 € | 10 % |
| De 12 109 à 15 932 € | 15 % |
| De 15 932 à 552 324 € | 20 % |
| De 552 324 à 902 838 € | 30 % |
| De 902 838 à 1 805 677 € | 40 % |
| Au-delà de 1 805 677 € | 45 % |
L’abattement se reconstitue au bout de 15 ans. C’est le principe du rappel des donations : l’administration additionne tous les dons que vous avez faits au même enfant durant cette période. Un premier don de 100 000 € en 2026 épuise donc l’abattement jusqu’en 2041. Rien ne sert de se presser pour « profiter » de la fin de l’année, puisque le compteur démarre à la date du don.
La fiscalité intervient aussi à votre décès. L’abattement de 100 000 € s’applique de nouveau en succession, mais les dons récents consentis à cet enfant y sont rappelés. Plus vous donnez tôt, plus vous avez de chances de renouveler l’avantage une seconde fois.
Le don de sommes d’argent : l’exonération de 31 865 €
Le don familial de sommes d’argent offre une exonération supplémentaire de 31 865 €, qui s’ajoute à l’abattement classique. Elle est ouverte sous conditions : le donateur doit avoir moins de 80 ans et le bénéficiaire être majeur (ou émancipé). Elle se renouvelle elle aussi tous les 15 ans.
Un parent qui remplit ces critères peut ainsi donner jusqu’à 131 865 € à un enfant sans droits, en cumulant les deux dispositifs. Le don doit porter sur une somme d’argent, et non sur un bien, comme un versement sur un compte d’épargne pour enfant, et l’exonération ne joue que dans la limite de ce plafond.
Le don pour un logement : une échéance au 31 décembre 2026
C’est le seul cas où la date compte. Un dispositif temporaire exonère certains dons destinés à financer un logement neuf ou des travaux de rénovation énergétique, jusqu’au 31 décembre 2026. Il s’ajoute aux autres abattements, mais les conditions sont précises : nature du projet, délais d’utilisation des fonds, affectation du logement. Si votre enfant a un projet en cours, faites valider ces points par un notaire avant de verser quoi que ce soit.
2027 : des changements annoncés, rien d’acquis
Des évolutions de la fiscalité des transmissions sont évoquées pour 2027. Tant qu’elles ne sont pas votées et publiées, elles n’ont aucune valeur. Ne bâtissez pas une stratégie sur une rumeur, et vérifiez le texte en vigueur le jour de votre don.
Formalités et déclaration à ne pas oublier

La forme du don dépend de ce que vous donnez. Un bien immobilier exige un acte notarié. Une somme d’argent peut passer par un don manuel, c’est-à-dire un simple virement ou chèque, mais celui-ci doit être déclaré. Un don non déclaré fait courir un risque lors d’un contrôle ou au décès, car il devient difficile de prouver la date et les conditions du transfert.
La déclaration se fait avec le formulaire 2735, désormais accessible en ligne depuis l’espace particulier. Elle est obligatoire dès lors que le don dépasse les seuils d’exonération ou que vous souhaitez bénéficier de l’exonération des 31 865 €. Même sans impôt à payer, déclarer le don fait courir le délai de 15 ans de manière incontestable.
Les situations où mieux vaut consulter
Un notaire est indispensable dès qu’il y a un bien immobilier, une famille recomposée, un enfant en difficulté ou un patrimoine déséquilibré entre héritiers. Il peut aussi proposer de donner la nue-propriété tout en gardant l’usufruit, ce qui réduit la valeur taxable tout en conservant l’usage du bien. Le premier rendez-vous est souvent peu coûteux, et il évite des erreurs bien plus chères.
En résumé : donnez quand votre situation et celle de votre enfant s’y prêtent, pas pour respecter une date imaginaire. Décidez ensuite si le don doit être rapporté ou non, et faites-le écrire noir sur blanc.
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