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28 octobre 2026Le jour même où les députés ouvraient l’examen du budget de la Sécu dans l’hémicycle, la Cour des comptes a remis aux commissions des affaires sociales un rapport sans détour. Son message tient en une phrase : la France ne peut plus repousser les efforts pour résorber le déficit de la Sécu. Et selon Bernard Lejeune, président de la sixième chambre, « on est sur une situation hautement périlleuse ».
Un déficit qui dérape et un objectif de 12,7 milliards d’euros
Voici l’essentiel. En 2026, le déficit de la Sécurité sociale devrait atteindre 21,8 milliards d’euros, malgré des mesures de freinage prises en cours d’année. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) vise pour sa part un retour à 12,7 milliards d’euros l’an prochain. La Cour appelle à « tenir » cet objectif, qu’elle qualifie de marche importante.
Cette trajectoire se rapproche de ce que l’institution recommandait en mai dernier : réaliser 10 milliards d’euros d’effort chaque année sur les dépenses sociales. L’idée était de ramener les comptes à l’équilibre en quatre ans, tout en absorbant les dépenses supplémentaires liées au vieillissement de la population et aux nouvelles entrées dans le système de retraite.
Pourquoi la Cour des comptes dit que les efforts ne peuvent plus attendre
Le constat de départ est simple : les déficits élevés se sont installés. Bernard Lejeune parle d’un niveau qui dure depuis « deux-trois ans ». Il reconnaît que l’année 2026 est globalement tenue, mais avec des crédits votés « sans pression particulière » et des mesures qui n’étaient « pas offensives ». Pour lui, nous sommes « loin d’avoir fait des efforts qui permettent d’avoir une trajectoire à l’équilibre ».
Un autre signal inquiète les magistrats. Les nouvelles recettes et les mesures de maîtrise décidées en urgence cet été, notamment sur les franchises et les participations forfaitaires aux soins et aux médicaments, ont été en grande partie absorbées par la baisse des cotisations sociales. En clair, le ralentissement économique a repris d’une main ce que le gouvernement avait récupéré de l’autre.
L’an dernier, la Cour jugeait le redressement proposé « fragile, voire hypothétique ». Le ton change cette année : l’objectif de redressement est qualifié de « vigoureux », mais il est aussi « entaché de fragilités ». Le message revient à dire que le temps des reports est terminé.
Des recettes jugées trop optimistes

La première fragilité tient aux hypothèses économiques. Le Haut Conseil des finances publiques estime que la prévision de croissance de 1 % pour 2027 est « optimiste », et la Cour reprend cette appréciation. Le gouvernement table en outre sur une hausse de la masse salariale de 2,4 %. Or c’est sur cette masse salariale que reposent les cotisations sociales, donc une bonne part du financement de la Sécu (voir aussi le surcoût du travail selon le Medef).
Ce que « optimiste » veut dire pour vos comptes sociaux
Dans le langage de la Cour, le mot signale que plusieurs éléments peuvent faire dérailler la prévision : un budget aux effets récessifs insuffisamment pris en compte, une situation internationale trop mouvante. Si la croissance déçoit, les cotisations rentrent moins vite que prévu et le trou se creuse mécaniquement.
Bernard Lejeune a chiffré le risque : « À la moindre difficulté, les recettes s’écroulent de quelques milliards d’euros […] le déficit de 12,7 milliards peut se transformer en 14, 15 ou 16 milliards ». Autrement dit, l’objectif affiché peut glisser de plusieurs milliards sans que personne n’ait changé de politique.
Des économies incertaines
Le second point de fragilité concerne les économies prévues, soit 8,7 milliards d’euros au total. La Cour observe que plusieurs mesures restent suspendues à des discussions avec les partenaires sociaux. D’où cette mise en garde : « Les économies pourraient être moindres qu’indiquées ».
| Poste d’économies | Montant attendu | Le point de doute |
|---|---|---|
| Arrêts maladie | 1 milliard d’euros | Renvoyé à la discussion avec les partenaires sociaux |
| Allocation de rentrée scolaire | 600 millions d’euros | Modalités encore à définir avec les partenaires sociaux |
| Produits de santé | 2,1 milliards d’euros | Niveau « pas totalement assuré » |
La désindexation partielle des retraites fait aussi l’objet d’une réserve. Le gouvernement laisse une marge de manœuvre pour revaloriser les pensions au-delà du seuil de 1 260 euros, ce qui peut réduire l’économie réellement dégagée.
Le risque politique du débat parlementaire
Pour la Cour, le danger principal n’est pas économique, il est politique. La première présidente, Amélie de Montchalin, a insisté sur l’importance de fournir un repère partagé aux citoyens comme aux parlementaires sur l’état des finances de l’État et des comptes sociaux. Elle a regretté que l’examen en commission ait montré « une certaine prise de distance avec la réalité ».
Les chiffres lui donnent raison. Le rapporteur général de la commission des affaires sociales, Thibault Bazin (LR), a indiqué que les amendements adoptés en commission avaient porté le déficit prévisionnel de 12,7 à 21,4 milliards d’euros. L’Assemblée nationale repartira toutefois du texte initial en séance, comme c’est la règle pour les textes budgétaires. Le débat dans l’hémicycle dira donc si la copie du gouvernement tient la route ou si elle se dégrade à nouveau.

Chaque année de déficit laisse une trace. La dette s’accumule à un niveau que la Cour juge inquiétant à l’Acoss, l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale, aussi connue sous le nom d’Urssaf Caisse nationale. Bernard Lejeune rappelle qu’elle est avant tout un trésorier : sa mission est de faire la jonction entre dépenses et recettes en gérant les décalages de trésorerie, pas d’emprunter à long terme.
Or le PLFSS prévoit de relever son plafond d’endettement à 85 milliards d’euros l’an prochain. Au rythme actuel, sa dette pourrait atteindre 130 milliards d’euros d’ici 2030, une perspective que la Cour qualifie d’« intenable ».
Ce que cela change concrètement
Pour les assurés, l’alerte annonce surtout des arbitrages à venir. Si les économies se révèlent moins importantes que prévu, il faudra soit trouver d’autres mesures, soit accepter un déficit plus lourd et une dette sociale qui continue de gonfler. Les sujets sensibles, comme les arrêts maladie, la rentrée scolaire, les produits de santé ou la revalorisation des pensions, sont déjà sur la table.
La Cour ne dit pas que l’équilibre des comptes sociaux est hors de portée. Elle explique qu’un redressement crédible suppose des hypothèses prudentes, des économies réellement sécurisées et un débat parlementaire qui ne s’éloigne pas des chiffres. Sans cela, le « trou de la Sécu » risque de rester un sujet récurrent, avec une facture de plus en plus lourde.
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