
Retraites en 2027 : la hausse prévue restera sous les prix, mais de combien chacun va-t-il perdre ?
25 octobre 2026
Contrat obsèques : à force de payer chaque mois, la note peut dépasser la somme garantie, et peu de familles le vérifient
25 octobre 2026Vous venez d’hériter d’un appartement loué par un parent décédé : le locataire paie le même loyer depuis quinze ans, et vous vous demandez s’il est temps de remettre les compteurs à jour. La bonne nouvelle, c’est que c’est parfois possible. La mauvaise, c’est que la succession ne vous donne aucun droit particulier de relever le prix d’un coup, comme vous le feriez pour une nouvelle location.
Oui, mais seulement selon les règles du bail en cours : la succession ne remet pas le loyer à zéro
Le décès du bailleur ne met pas fin au bail d’habitation. En vertu de la loi du 6 juillet 1989, le contrat se poursuit avec les héritiers, qui deviennent les nouveaux bailleurs aux mêmes conditions : même loyer, même durée, mêmes clauses. Il n’y a ni nouveau bail ni relocation, donc aucune occasion de caler le prix sur le marché.
Concrètement, deux leviers existent. Le premier est la révision annuelle du loyer, à condition que le bail contienne une clause d’indexation. Le second est la hausse au moment du renouvellement, réservée aux loyers manifestement sous-évalués. Tout le reste dépend de la date d’échéance du contrat et de la localisation du logement.
Révision annuelle : la hausse n’est possible que si le bail prévoit une clause d’indexation IRL
Ouvrez le bail et cherchez la clause de révision. Si elle existe, le loyer peut évoluer une fois par an, à la date anniversaire du bail (ou à la date précisée dans le contrat), en suivant l’indice de référence des loyers (IRL) publié chaque trimestre par l’Insee. Le calcul est le suivant : ancien loyer x nouvel IRL / ancien IRL. L’indice de départ est celui du trimestre mentionné dans le bail.
Sans clause, pas de révision, même après quinze ans. Le bailleur ne peut pas l’imposer en cours de contrat, et un locataire n’a aucune obligation de l’accepter. C’est souvent le cas des baux anciens conclus entre particuliers, avec des propriétaires peu attentifs à ces formalités.
Exemple chiffré : 600 € de loyer et un IRL qui passe de 142 à 145
Le calcul donne 600 x 145 / 142, soit environ 612,68 € par mois. La hausse est de 12,68 €. Les valeurs d’IRL sont fictives ici : reprenez celles du trimestre de référence indiqué dans le bail et la dernière publication de l’Insee.
Un point pèse lourd pour un héritier : la révision n’est pas rétroactive sur quinze ans. Si le bailleur n’a jamais réclamé l’indexation, il ne peut pas rattraper les années perdues. Sa demande ne vaut que pour l’avenir, à compter du jour où il l’exprime. Quant à l’ancien propriétaire, son silence n’a pas été une renonciation définitive : vous pouvez demander la révision dès maintenant, si la clause existe.
Au renouvellement : la hausse est possible si le loyer est manifestement sous-évalué

C’est la voie royale pour rattraper un loyer figé. Quand le bail arrive à son terme (trois ans en général pour un bailleur particulier), le bailleur peut proposer un nouveau loyer s’il est manifestement sous-évalué par rapport aux loyers pratiqués dans le voisinage pour des logements comparables. Un loyer inchangé depuis quinze ans, dans un quartier où les prix ont monté, entre souvent dans ce cas.
La proposition doit être faite au moins six mois avant la fin du bail, par lettre recommandée avec accusé de réception ou par acte de commissaire de justice. Elle doit s’appuyer sur au moins trois références de loyers du voisinage (six dans l’agglomération parisienne). Si vous ratez cette fenêtre, le bail est reconduit aux mêmes conditions et il faudra attendre l’échéance suivante.
Le montant de la hausse est encadré. Elle ne peut pas dépasser la moitié de l’écart entre le loyer actuel et le loyer moyen des références. Elle s’applique ensuite par tiers sur trois ans, ou par sixième sur six ans, ce qui évite un choc brutal pour le locataire. Résultat : le loyer rejoint le marché par étapes, pas d’un coup.
En zone tendue, le plafond d’encadrement limite la hausse
Dans les communes qui ont mis en place l’encadrement des loyers (Paris, Lille, Lyon, Villeurbanne, Bordeaux, Montpellier, Grenoble et d’autres territoires), le nouveau loyer ne peut pas dépasser le loyer de référence majoré fixé par arrêté préfectoral. Même un loyer manifestement sous-évalué doit rester sous ce plafond, comme le vivent les bailleurs parisiens lassés de l’encadrement. Le dispositif a été prolongé, jusqu’au 31 juillet 2027 d’après les textes en vigueur, mais vérifiez la situation de votre commune avant d’agir.
Attention à ne pas confondre les notions. Une commune peut être classée en zone tendue (avec une limitation de l’évolution des loyers à la relocation) sans pratiquer l’encadrement avec loyers de référence. Dans les deux cas, la logique est la même : votre marge de manœuvre est réduite, et c’est le texte local qui tranche.
Et si le logement se libère ?
Si le locataire part, le bail prend fin et vous pouvez relouer avec un nouveau contrat. Le loyer est alors fixé en tenant compte du marché, sous réserve du plafond d’encadrement ou de la limitation à la relocation en zone tendue. C’est la seule situation où l’héritier peut remettre le loyer à niveau sans passer par l’IRL ou la sous-évaluation, mais elle suppose que le locataire quitte les lieux de lui-même, ou que vous le fassiez partir par un congé valable (vente ou reprise, par exemple).
Démarches : notifier le locataire, respecter les délais et anticiper sa réponse
Avant d’écrire à votre locataire, passez par une vérification rapide. Elle vous évitera de lui envoyer un courrier sans valeur juridique.
- Le bail contient-il une clause d’indexation IRL, et quel est le trimestre de référence ?
- Quelle est la date anniversaire, et quand le bail arrive-t-il à échéance ?
- Le logement se trouve-t-il dans une commune soumise à l’encadrement des loyers ou à la limitation en zone tendue ?
- Avez-vous trois ou six références de loyers comparables à présenter ?
- Avez-vous bien informé le locataire de votre qualité de nouveau bailleur, avec vos coordonnées de paiement ?
Pour une révision IRL, un simple courrier ou un mail suffit juridiquement, mais la lettre recommandée garde la meilleure preuve. Pour le renouvellement, la lettre recommandée avec accusé de réception (ou l’acte de commissaire de justice) est obligatoire, avec les références et le délai de six mois respectés.
Le locataire a deux mois pour répondre à la proposition de renouvellement. Si vous ne parvenez pas à vous entendre, l’une ou l’autre partie peut saisir la commission départementale de conciliation avant la fin du bail. En cas d’échec, le juge des contentieux de la protection tranchera. Gardez toutes vos pièces : quittances, bail, copie des courriers et justificatifs des loyers de comparaison.
L’erreur qui coûte un an de hausse
Réclamer une augmentation après la date limite de six mois avant l’échéance revient à reconduire le bail à l’identique. Notez la date d’échéance dès l’ouverture de la succession, et anticipez : mieux vaut préparer le dossier huit à neuf mois à l’avance.
Que retenir pour votre dossier ?

Hériter d’un logement loué à bas prix ne transforme pas le loyer en prix du marché. Votre première lecture doit porter sur le bail : sans clause d’indexation, seul le renouvellement ouvre la porte à une hausse, à condition de prouver la sous-évaluation, et en restant sous le plafond local s’il existe. Avec une clause, vous pouvez réindexer dès la prochaine date anniversaire, sans rattrapage sur le passé.
Si le montant en jeu est élevé ou si le locataire conteste, un échange avec un notaire, une agence départementale d’information sur le logement (ADIL) ou un avocat en droit immobilier peut sécuriser vos démarches. Une hausse mal notifiée est inopposable, et vous perdriez du temps qu’on ne rattrape pas.
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