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31 octobre 2026Deux retraités peuvent toucher une pension et vivre dans des mondes opposés. Chez les plus modestes, ce versement mensuel représente 90 % de tout ce qui rentre sur le compte. Chez les 10 % les plus aisés, il n’en pèse que 69 %. Derrière ces deux chiffres se cache une question simple : de quoi vivent vraiment les retraités une fois la carrière terminée ?
Pourquoi la pension pèse 90 % chez les modestes et 69 % chez les aisés
La réponse tient en une idée. Quand la pension de retraite est faible, elle constitue presque l’unique ressource du foyer, d’où l’intérêt de relire son relevé de carrière et retraite complémentaire avant de se fier au montant annoncé. Il n’y a ni loyers perçus, ni placements qui rapportent, ni capital à faire fructifier. Pour les retraités modestes, la pension et les prestations sociales qui la complètent font donc quasiment tout le revenu.
À l’autre bout de l’échelle, la pension reste importante, mais elle n’est plus seule. Chez les retraités aisés, les revenus du patrimoine viennent s’ajouter et font baisser la part de la pension dans le total. Paradoxalement, un chiffre plus bas ne signifie pas une pension plus faible : il traduit surtout un revenu plus diversifié.
Ce phénomène creuse l’écart de niveau de vie bien au-delà de ce que la seule pension laisse voir. Les 10 % les plus aisés touchent 4,5 fois plus de pension que les 10 % du bas, et cet écart grimpe à 7,6 fois quand on intègre le patrimoine.
Les repères chiffrés à garder en tête
| Repère | Chiffre |
|---|---|
| Part de la pension dans le revenu des plus modestes | 90 % |
| Part de la pension chez les 10 % les plus aisés | 69 % |
| Écart de pension entre le haut et le bas | 4,5 fois (7,6 fois avec le patrimoine) |
| Minimum vieillesse pour une personne seule | 1 043 € par mois, soit 74 % du seuil de pauvreté |
| Solidarité intégrée aux pensions versées (DREES) | environ 22 % |
Vivre seul ou en couple change tout, à pension égale
Le montant de la pension ne dit pas tout du niveau de vie. En 2024, 46 % des retraités déclaraient vivre seuls, quel que soit leur niveau de pension. Pour eux, une petite pension se traduit directement par un niveau de vie modeste, sans personne pour amortir le choc, comme le montre le quotidien d’une veuve à 80 ans.
Les situations de couple diffèrent beaucoup selon le sexe. En 2023, 72 % des hommes retraités vivaient en couple, contre 52,4 % des femmes. Cet écart s’explique par la convergence des espérances de vie, et il explique à son tour pourquoi les femmes seules affichent les niveaux de vie les plus bas parmi les retraités. Le niveau de vie moyen des veuves retraitées vivant seules s’établissait à 2 160 € par mois.
L’homogamie, ou comment on se met en couple entre pairs
Les couples ne se forment pas au hasard. Le COR mesure une forte homogamie : les retraités vivent le plus souvent avec quelqu’un qui touche une pension du même ordre. Cela renforce mécaniquement les écarts entre ménages, les modestes restant entre modestes et les aisés entre aisés.
Les exceptions existent pourtant dans les deux sens. Parmi les personnes en couple qui perçoivent moins de 922 € de pension, 26,3 % vivent avec un conjoint à plus de 3 293 €, ce qui relève leur niveau de vie. À l’inverse, 23,6 % des personnes qui touchent plus de 3 293 € vivent avec un conjoint à moins de 922 €, ce qui abaisse le leur.
Après un décès, la réversion ne protège pas tout le monde
Au décès du conjoint le mieux pensionné, la pension de réversion n’existe que pour les couples mariés. Au régime général, elle est de plus soumise à condition de ressources. Le survivant pacsé ou en union libre perd l’intégralité de ce revenu, un facteur qui pèse aussi sur l’écart de pension entre femmes et hommes.
Les prestations et la solidarité qui complètent une petite pension

Pour les deux premiers dixièmes de niveau de vie, les prestations sociales complètent une pension insuffisante. Elles ne suffisent pourtant pas à sortir le premier dixième du seuil de pauvreté, sous lequel il reste. Le COR cite d’abord le minimum vieillesse, c’est-à-dire l’allocation de solidarité aux personnes âgées, qui garantit 1 043 € par mois à une personne seule. Les aides au logement viennent ensuite s’y ajouter.
Le vrai problème n’est pas le montant, c’est le non-recours. Environ 300 000 retraités éligibles n’en font pas la demande, le plus souvent par crainte d’une récupération sur la succession. Ces dispositifs de solidarité s’ajoutent à ceux déjà inclus dans la pension elle-même.
205 € par mois laissés de côté en moyenne
C’est ce à quoi renoncent les 300 000 retraités éligibles au minimum vieillesse qui ne le demandent pas. Pour un foyer dont la pension fait 90 % du revenu, la somme n’a rien d’anecdotique.
Pour un retraité du bas de l’échelle, l’ordre des démarches est connu :
- demander l’allocation de solidarité aux personnes âgées dès 65 ans si les ressources du foyer sont sous le plafond, même pour quelques dizaines d’euros d’écart ;
- vérifier ses droits aux aides au logement auprès de la Caisse d’allocations familiales, qu’on soit locataire ou propriétaire accédant ;
- ouvrir un livret d’épargne populaire, réservé aux revenus modestes et mieux rémunéré que le Livret A.
Pour les ménages du milieu : diversifier avant le départ
Les retraités du troisième au neuvième dixième se trouvent dans une zone inconfortable. Ils n’ont ni prestations ni revenus du patrimoine significatifs pour amortir un accident de parcours, une dépense de santé ou une baisse de pension. Leur marge de manœuvre se construit donc avant le départ, en surveillant notamment les frais d’épargne retraite en PER qui grignotent le capital.
Concrètement, cela passe par une épargne disponible sur un livret réglementé et par un capital placé en assurance-vie, dont les retraits sont faiblement taxés après huit ans. Le dossier du COR apporte une nuance éclairante : les 10 % de retraités dont la pension ne fait que 69 % du revenu sont aussi ceux dont les ressources ont progressé le plus vite en 2022 et 2023. Ce n’est pas la pension qui a fait la différence.
Ce que ces chiffres disent vraiment des inégalités

Le contraste entre 90 % et 69 % ne doit pas se lire comme un signe que les retraités aisés dépendraient moins de leurs droits à la retraite. Il montre plutôt que le niveau de vie à la retraite se joue sur trois terrains : la carrière, la composition du foyer et le capital accumulé. La pension de retraite ne corrige qu’une partie de ces écarts, et les prestations ne comblent qu’en partie le reste.
Pour les plus modestes, l’enjeu immédiat est d’aller chercher les aides existantes, à commencer par le minimum vieillesse. Pour les autres, l’enjeu se prépare plus tôt, en bâtissant une épargne et un patrimoine avant que la pension ne devienne la seule source de revenu.
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