Entretien croisé avec les fondateurs
Comment sont nées les Journées de l'Entrepreneur ?
Jean Pierre Letartre : Cela fait de nombreuses années que nous avons chacun de nos côtés mené de nombreuses actions pour le développement et la promotion de l'entrepreneur. Les Journées de l’Entrepreneur sont nées d'une passion commune et de nombreux échanges entre fondateurs, mais aussi de la volonté de changer l’environnement français, qui aujourd’hui ne pousse pas à grandir, à créer, à innover et à considérer le fait d’être entrepreneur comme celui d’être acteur de sa destinée.
Les Journées de l’Entrepreneur sont issues de ce défi : pourquoi ne ferait-on pas dans l’année un événement de valorisation de l'entrepreneur, à l'instar de la fête de la musique ?
Quelle est la réalité de l'entrepreneuriat aujourd'hui ?
Grégoire Sentilhes : L'entrepreneur est un acteur essentiel de notre tissu économique. On compte près de 3 millions d'entrepreneurs en France, 2 millions de PME, et le succès du statut de l'auto-entrepreneur indique un changement radical de représentation de l'entreprise. 13 millions de français souhaiteraient devenir entrepreneurs, c'est inédit.
La réalité des entrepreneurs aujourd'hui, c'est qu'ils sont le poumon de la croissance.
Mais ce qui est aussi vrai, c'est qu'ils souffrent encore de trop nombreuses entraves : le plafond de verre, le niveau des charges sociales, les contraintes règlementaires, la fiscalité trop lourde, la faiblesse de l'investissement pour financer et développer les entreprises et les PME, et les ressources stratégiques préemptées par les grandes entreprises et par l’Etat : talents, financements, recherche... Ces plafonds de verre limitent encore le développement des entrepreneurs, des PME, et c'est une réalité qu'il nous faut changer. Il n’y a pas assez de petites entreprises qui deviennent moyennes et de moyennes qui deviennent grandes.
Pierre Nougué : Il y avait auparavant un problème avec la représentation de l'entrepreneur. Aujourd'hui, il peut être chacun d'entre nous : on peut créer son entreprise en 10 minutes. Ce qui est formidable, c'est que des gens du service public se sont battus pour cela, il n'y a plus de frontière artificielle entre le public et le privé.
Mais la vocation finale d'un entrepreneur, et c’est la prochaine étape, c'est d'embaucher, de passer de 1 à 50 salariés. On voit déjà de nombreuses entreprises prendre des responsabilités sociales et environnementales, des jeunes se lancer dans l'aventure, ce sont eux les entrepreneurs d'avenir.
Quelles sont les raisons du blocage actuel de l'initiative économique et entrepreneuriale ?
Jean-Pierre Letartre : Le passage à l'acte, la prise de risque ne font pas encore partie du modèle social, éducatif et médiatique. L'entrepreneur est encore associé à certaines figures du passé, on ne valorise pas assez sa diversité, sa pluralité. La réalité de l'entrepreneur aujourd'hui, c'est qu'il est un créateur, un assembleur, un innovateur, un moteur. L'entrepreneuriat est une véritable question sociétale qui résonne d'autant plus en ces temps de crise économique.
Et même si nous constatons actuellement une accélération culturelle, avec notamment la suppression des premiers freins sociaux et réglementaires, et l’amorçage d’une revalorisation et d’une réappropriation du mot entrepreneur, il reste encore du chemin à parcourir.
Quel est le rôle des JDE ?
Grégoire Sentilhes : Les Journées de l’Entrepreneur sont au cœur d’une plateforme ouverte en France et font partie d'un mouvement mondial, la Global Entrepreneurship Week. En France, nous nous positionnons comme un aggrégateur, un moteur de recherche, avec pour objectif principal de rassembler l’ensemble des acteurs qui se mobilisent autour de l’entrepreneur et ainsi renforcer son retentissement dans les medias et la société.
Il y a un vide à combler et une opportunité à saisir : le 20ème siècle fut celui de la fin de la révolution industrielle, avec le développement des industries de masse, des médias de masse, de la consommation de masse, et donc aussi du salariat. Le 21ème siècle, alors que toutes les cartes sont en train d’être redistribuées, est celui de l'entrepreneur. Pour répondre à cette évolution, nous proposons d'être l'écho de ce mouvement et de réaliser un « mouvement des maquis » pour une meilleure représentation économique, culturelle, médiatique et sociale des entrepreneurs.
Quelles sont les prochaines étapes ?
Pierre Nougué : Nous allons mener des actions tout au long de l'année, avec pour mission de valoriser en permanence la diversité des entreprises. Nous allons conjuguer rigueur du discours économique et vision sociale, pour dépasser le plafond de verre culturel. Nous allons montrer une image nouvelle de l'entrepreneur, parler d'une réalité, continuer à échanger et à partager, créer de nouvelles agoras, provoquer des rencontres.
Entreprendre, c’est partager une envie, un engagement, une passion, c’est se mettre au service de son environnement, de sa région. Entreprendre en somme, est bien plus qu’une aventure économique, c’est l’affirmation d’un projet de société. L’entrepreneur d’aujourd’hui est plus que jamais un citoyen engagé.
Jean-Pierre Letartre : Nous devons absolument continuer à valoriser les initiatives et les projets d’entrepreneurs, à concourir au débat d'idées avec nos partenaires, à insister sur les leviers de croissance comme le développement des PME à l'international, à insister sur l'accompagnement des entrepreneurs, à multiplier les rencontres... Nous sommes convaincus que l'entrepreneuriat est la base du capitalisme de demain, et les JDE 2011 devront permettre de rendre ce mouvement populaire et de mobiliser les ressources stratégiques pour que l'opinion n'ait plus peur d'entreprendre.

